• 10ème conte de l'avent

    L'enfant qui voulait du pain

    L'enfant qui voulait du pain

    C'était un matin

    elle avait descendu quatre à quatre l'escalier de chêne, senti le parfum qu'à le lait quand il s'apprêt à bouillir,  découvert la panière au tissu vichy rouge, et les petits pains déjà dedans. elle a demandé à sa mère l'autorisation d'en prendre un.

    Savez-vous ce qu'elle lui a répondu ?

    Bien non, suis-je sotte,  vous n'étiez pas là. Elle a répondu "d'abord ramène-moi le lait !"

    L'enfant est surprise. A voix haute elle répète "le lait, quel lait, celui qui est sur la cuisinière ?"

    "Non" a dit sa mère, "le lait de la vache de la ferme du Noyer !"

     

    L'enfant a fait la grimace, elle a dit que la ferme du Noyer c'était pas tout près !!!!

    A quoi sa mère lui a répondu que c'était vrai, la ferme du Noyer n'était pas tout près, et elle a ajouté

    "Mais si toi tu veux du pain, sache que moi je veux du lait !"

    Jamais l'enfant n'avait vu sur le front de sa mère autant de rides froissées. Il était évident que sa mère ne changerait pas d'avis.  Alors elle a traversé la grande cuisine, ouvert la porte, dévallé la rue par la droite, tourné à gauche, dévallé la rue tout droit et, sur la droite de la maison dite hantée, elle a pris  le chemin des marronniers.

    Et elle a souri en se rappelant qu'elle allait passer devant la maison du garde-chasse, que devant la maison du garde-chasse il y avait un abreuvoir et qu'auprès d'un abreuvoir on trouve souvent une vache. Elle prend ses jambes à son cou et vroummmmmmm elle tourne raide et s'arrête net devant l'abreuvoir. Le soleil éclaire les plantes qui surgissent d'entre les moellons de pierre. A part les sangsues et les lentilles d'eau  il n'y avait pas l'ombre d'une vache ! 

     

    L'enfant a poursuivi sa route sur un chemin de pierres si  caillouteuses qu'à trois fois elle s'est tordue les chevilles. Mais elle souriait car au bout du chemin elle savait qu'il y avait un second abreuvoir et qu'auprès d'un abreuvoir il y a souvent une vache.

    Sait-on toujours ? L'enfant voit l'abreuvoir, les sangsues, le pommier mais pas l'ombre d'une vache.  Sans perdre espoir, elle fait trois pas en avant et c'est une bonne idée. Car dans le virage elle aperçoit tout au bout du bout, la ferme du Noyer et dans le pré la vache en train de brouter. L'enfant porte ses jambes à son cou et court si vite que le noyer s'interroge : "Qu'est-ce que c'est que je viens de voir passer qui soulevait tant de poussière"

    Quant à la vache elle répond "d'abord donne-moi de l'herbe !"

    "De l'herbe, quelle herbe", dit l'enfant

    "L'herbe du Grand Pré de Vignals !"

    L'enfant ne peut pas s'empêcher de répondre "Mais c'est pas tout près"

    "C'est vrai c'est pas tout près Fillette, mais si tu veux ton lait, sache que moi je veux mon herbe !"

    L'enfant a poursuivi son chemin. Elle est passée devant la petite maison aux volets verts dont on disait qu'elle appartenait à une sorcière qui avait neuf chats noirs. Deux grands pins, vert foncé à presque noir, montaient la garde et derrière chacune des neuf fenêtres deux yeux d'or observaient sans bouger. L'enfant est arrivée frissonnante de peur au Grand Pré de Vignals. Quand elle lui a demandé de l'herbe il a répondu

    "D'abord ramène-moi la tondeuse de Marty !"

    "Marty c'est qui ?" a-t-elle dit

    "C'est le forgeron du foirail, pardi !"

    "Mais il faut que je refasse tout le chemin à l'envers Grand Pré !"

    "C'est vrai petite, mais si tu veux ton herbe, sache que moi je veux la tondeuse de Marty !"

    Il avait l'air déterminé le Grand Pré à ne pas changer d'avis. Il fallait donc repartir. Elle est passée devant la maison les yeux fermés, devant la ferme du Noyer sans voir la vache, devant le cimetière avec la plus belle peur de sa vie : une vois a crié "Cure-moi la dent petite, il y a sept ans qu'elle ne l'a pas été !"

    Elle a trop eu peur. Imaginez que vous ayez entendu la voix rauque et éraillée, vu les croix de pierre au-dessus du mur qui se découpaient sur un ciel qui s'apprêtait à devenir nuit, ajoutez à cela le hululement soudain de la chouette.  Vous comprenez que Petite se soit bouché les oreilles de ses deux index et se soit mise à courir pour s'arrêter, enfin, devant la forge de Marty le forgeron du Foirail. Quelle forge !

    Quelle fenêtre toute rougeoyante !

    Quelle porte de bois immense et massive ! Allait-elle oser frapper ?

    Elle a si bien osé Fillette, que la porte s'est ouverte sur Marty le Géant. Sa grosse vois a demandé

    "A quoi pensent-ils tes parents à te laisser seule par la nuit, entre donc, tu écouteras un conteur breton !"

    Elle s'est assise au bout d'un banc et elle a découvert le conteur breton. Il portait une petite barbe et un bonnet rouge sur la tête. il racontait l'histoire marrante d'un roi qui n'aimait pas que ses sujets traitent tout le monde de menteurs. Alors un jour il était allé écouter les contes que racontaient ses sujets et il leur avait dit que jamais il ne traiterait personne de menteur. Il avait même demandé qu'on le mette au défi de le faire. Et quelqu'un l'avait fit.

    Forcément à la fin tout le monde a applaudi de plaisir et tout le monde est parti. Il n'est plus resté que l'imposant Marty, son tablier de cuir et la Petite. Quand il l'a aperçu il lui a dit

    "Que fais-tu là, tu ne rentres pas chez toi ?"

    "Si monsieur mais avant je voudrais...

    tu voudrais quoi ?

    je voudrais ta tondeuse !"

    Il lui a répondu "D'abord ramène moi la graisse, j'en ai besoin pour la nettoyer !"

    Elle était estomaquée "La graisse" a-t-elle répétée "quelle graisse ?"

    Il a répondu "la graisse du petit cochon de Bouloc !"

    Elle a fait un grand sourire et elle a dit "je sais où le trouver, j'y vais souvent à Bouloc avec mon papa, à pied et on s'arrête au café, il prend un verre avec ses copains et il demande toujours "avec un peu de gnole Elise stp" et quand il ne me regarde pas je trempe un sucre dedans pour y goûter. J'y vais Forgeron te la chercher ta graisse !"

    Et dans le jour qui se lève sur les serres, dans les effilochées du ciel, rose tendre, violet rose thyrien  mêlé de jaunes orangés teints de bleus légers le forgeron  a regardé l'enfant s'envoler, repasser devant la maison de la sorcière, traverser le pont de vigneaux et monter la route serpentante et débouler sur le plateau où de nos jours les parachutistes font leurs exercices. Elle est allée droit à l'église du petit village et elle a trouvé le petit cochon

    Il lui a répondu "D'abord ramène-moi les glands"

    "Quels glands, tu en as tout plein à tes pieds de cochon !"

    "Pas ceux-là, ceux du Grand Chêne  de Beaucaire ! au-dessus de la demeure des Rantaux"

    Ça l'a inspirée : "je sais je sais" a-t-elle dit, " j'y vais, j'y cours !" et elle y est allée en repassant devant la ferme de la Raterie, en repassant devant le petit hameau de Beaucaire droit dressé sur son piton, au-dessus du ruisselet bordé de peupliers dans lequel son père aimait poser les balances pour capturer les écrevisses

    Mais quand elle est arrivée dans le champ de pierres blanc crayeux, quand elle a vu l'immense Grand Chêne elle est devenue toute timide. Allait-elle oser lui parler ?

    Quand elle s'est souvenue qu'elle voulait son pain, sa mère son lait, la vache son herbe, le pré sa tondeuse, le forgeron sa graisse, le petit cochon ses glands elle a foncé. Elle a levé la tête et elle a dit.

    Il a répondu "D'abord souffle-moi le vent de l'Océan !"

    Kezaco le vent de l'Océan ? Elle connaissait le vent du sud, le vent du nord, le foehn, le vent d'autant, le vent du nord, le mistral, la tramontane, le zéphyr mais elle ne connaissait pas le Vent de l'Océan. Comment faire ? Comme il lui arrivait parfois de faire quand elle ne savait plus, ne savait pas, ne savait rien. Elle a fermé les yeux et elle a tourné sept fois sur elle-même les yeux fermés. Quand elle s'est arrêté, quand elles a ouverts elle est partie dans la direction où, sans bouger la tête, ses yeux regardaient.

     

    Quel voyage :

    un pont toujours pas terminé appelé le Valentré

    un village tout rouge perdu dans le brouillard

    une ville en émoi pour son festival de juillet, ses rues sont envahies, Petite s'y fraye un chemin à travers les stands de baladins plus intéressants les uns que les autres et jusqu'à un merveilleux jardin à la roseraie éblouissante. Quelle drôle d'idée a-t-elle eu de respirer le coeur des pétales les uns après les autres; Elle aurait bu elle ne se sentirait pas plus étrangement bizarre. Elle lève la tête. Elle aperçoit une pancarte. Dessus est écrit, elle déchiffre avec peine "rou-te de Lo Lor-Lorient !"

    Son visage irradie de bonheur : elle répète  "Lorient, Lorient... ça va avec vent de L'Océan Lorient !" et elle se décide "je vais aller par là" et comme la pancarte se déplace, Petite la suit.

    La voilà sur une grande route; Elle y marche, elle y court, elle va de plus en plus vite et si vite qu'elle arrive au bout du bout du Morbihan. Là où il y a la petite chapelle de pierre : la porte est ouverte elle entre au pas de course et s'arrête net ! Comme il est beau le plafond bleu étoilé de la petite chapelle,   comme ils sont beaux les bateaux et catamarans suspendus dans les cieux, comme il est beau le bel autel, comme ils sont émouvants les ex-votos. Yoann, Yvon, Galahan, Yvonnic, Mathieu et Pierric mousses et marins perdus corps et âme en mer démontée, étranges prénoms d'elle inconnus. Elle est émue. Que fait-elle ici ? Ah oui, elle se souvient, le vent de l'Océan, mais où est-il l'Océan. Elle quitte la petite chapelle et cherche l'Océan. Elle ne le voit nulle part; Elle n'a pourtant pas fait tout ce chemin pour rien ! Et si l'Océan se cachait derrière la petite chapelle. Elle y court et le découvre se déroulant de tout son long derrière la petite chapelle. Elle croirait voir la Méditerranée? Pourquoi est-il aussi calme ? Que regarde-t-il ? Petite suit le regarde de l'Océan. Elle découvre une femme qui n'arrête pas de parler, qui parle parle parle sans cesse, sans même prendre le temps de boire. Petite se demande ce qui se passerait si elle arrêtait de parler ? pire ou mieux, si on lui interdisait de parler ?

    tout s'est précipité à cet instant précis :

    Le vent a soufflé sur le Grand Chêne

    le Grand Chêne  donné ses glands

    Petite a ramassé les glands et les a portés au petit cochon

    petit cochon a donné sa graisse

    petite l'a portée au grand Frogeron Marty

    arty a donné sa tondeuse

    Petite l'a portée au Grand pré

    Grand Pré a donné son herbe

    Petite l'a portée à la vache

    Vache a donné son lait

    Petite a porté le lait à sa mère

    et sa mère lui a donné son pain, le double petit pain doux chaud et sucré de Monsieur Larroque, Camille, le boulanger de la place des Cornières. Petite est descendu dans le jardin.

    Elle a mangé son pain, laissé le quignon sur la margelle. Pie est arrivée et l'a emporté. C'est depuis ce jour qu'on chante

     

    Y a une pie, dans l'jardin j'entends la pie qui chante

    Y a une pie, dans l'jardin j'entends la pie chanter 

    chanter chanter j'entends la pie qui chante

    chanter chanter  chanter chanter j'entends la pie chanter.

     

    http://lecoursdelavie.canalblog.com/archives/2011/06/14/21399023.html#c73425833

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